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B. Cogniaux

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JUIN 2017

Bernard Cogniaux

Bernard Cogniaux, en connivence




Le théâtre français a ses couples célèbres : Madeleine Renaud et Jean-Louis Barrault, Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri... Nous ne sommes pas en reste : Marie-Paule Kumps et Bernard Cogniaux, unis à la ville comme à la scène, vivent leur complicité sur les plateaux de théâtre depuis bientôt trente ans que ce soit en tant qu’auteurs, metteurs en scènes, réalisateurs et interprètes. Au Théâtre Le Public,  vous les avez applaudis dans L’Oiseau Vert, Tout au Bord, L’Ethique du Lombric, Finement joué, Constellations, Impro spécial 20 ans, mais aussi en solo dans Trois grandes Femmes et Madame Marguerite pour Marie-Paule, La Puce à l’Oreille pour Bernard. Aujourd’hui, en compagnie de Jean-Marc Cuvelier et avec la complicité des spectateurs, ils viennent de réinventer le monde et la société chaque soir, durant deux mois, dans Improspection.


Qu’est-ce qui vous a donné l’envie de faire du théâtre ?
Bonne question !... Je ne sais pas ; j’ai toujours aimé ça. J’adorais les spectacles à l’école, les sketches chez les louveteaux. J’ai vraiment réalisé que j’aimais le théâtre lorsqu’il a fallu que je choisisse un métier.

Si ça n’avait pas été le théâtre, quelle autre direction auriez-vous pu prendre ?
J’ai eu des profs de géographie passionnants. Et j’ai fait deux années de droit que j’ai trouvées très intéressantes. J’y ai compris que l’on n'organise la société que lorsque celle-ci existe déjà ; les lois, nullement arbitraires, ne sont que l’émanation ou la réaction de la société. Cet angle particulier de lecture du monde m’intéressait. Je ne crois toutefois pas que j’aurais aimé être juriste.

Votre formation ?
Au Conservatoire de Bruxelles, dans la classe de Claude Etienne, avec des professeurs comme Eric Pradier et, pendant un court moment, Bernard De Coster.

Ce qui explique que vous entamiez votre carrière au Rideau de Bruxelles.
Tout-à-fait.

Cette carrière débute en 1980 et dure sans discontinuité jusqu’à aujourd’hui. C’est plutôt rare, non ?
Je trouve pourtant que je joue beaucoup moins qu’avant. Quand j’étais jeune comédien je jouais 4 à 5 pièces par saison ; maintenant j’en ai 2. Question d’âge, d’évolution du métier. On s’enferme ou on nous enferme dans des cases ; en tant que comédien, j’ai moins de propositions qu’avant. J’initie donc des projets, souvent avec Marie-Paule Kumps. On invente notre travail s’il ne vient pas à nous.

Ça vous manque  de ne pas être sollicité comme comédien ?
Oui. J’adore jouer et je suis en manque de propositions, particulièrement dans le théâtre de répertoire.

25 ans de fidélité au Rideau de Bruxelles ?
25 ans de fidélité à Claude Etienne, à Martine Renders, à Jules-Henri Marchant et à Adrian Brine. Je faisais partie de la famille. Une relation de confiance, de connivence. J’ai pas mal travaillé également pour l’Adac et Alain Leempoel. Jadis, les directeurs de théâtre étaient de vrais producteurs : choisir  la pièce, l’équipe, le metteur en scène crée un esprit, un projet de « famille ». Aujourd’hui, ils gèrent les propositions qu’on leur fait.

Jamais au National ?
J’ai fait un remplacement de cadet dans la dernière reprise de Cyrano de Bergerac monté par Bernard De Coster. Je n’ai semble-t-il séduit ou convaincu aucun des directeurs du National.

Depuis 2007, vous êtes devenu un « sociétaire » du Théâtre Le Public. Qu’est-ce qui vous a amené à rejoindre cette nouvelle famille ?
Michel Kacenelenbogen et Patricia Ide sont d’anciens collègues du Conservatoire. Je ne suis donc pas en terre inconnue. Nous avons été engagés, Marie-Paule et moi, pour jouer dans L’Oiseau Vert mis en scène par Carlo Boso en coproduction avec Guy Pion et le Théâtre de l’Eveil. J’ai été séduit par le projet théâtral de la maison. J’y suis donc resté fidèle et en interaction réciproque : s’il y a un rôle pour moi, ils me le confient ; si je découvre un projet qui pourrait intéresser Le Public je le leur propose en priorité.

Qu’est-ce qui vous plait dans cette nouvelle famille ?
La ligne directrice du théâtre qui fait place à la variété. Chaque projet, une fois qu’il est adopté, dispose de beaucoup d’autonomie pour sa gestion propre. On travaille en confiance réciproque, un peu comme si on fonctionnait en « compagnie » dans une structure solide.

Vous travaillez beaucoup en complicité avec Marie-Paule Kumps, votre épouse dans la vie. On ne se lasse pas ?
C’est chouette quand nous travaillons chacun de notre côté… mais nous semblons indissociables et on nous propose beaucoup de projets à deux. Le binôme semble rassurer les producteurs. Nous construisons aussi nos propres projets à deux voix.

Vous êtes comédien mais aussi professeur. Qu’est-ce qui vous intéresse dans l’enseignement ?
On reste en contact avec de jeunes générations ; c’est touchant de voir des jeunes se lancer dans ce métier. Lorsqu’ils arrivent au Conservatoire, entendre les raisons qui les poussent à embrasser la carrière me ramène chaque année aux options essentielles qui furent les miennes. Un retour aux sources vraiment revigorant. Je travaille principalement en 1ère année ; revenir à l’essence du jeu : qu’est-ce qui  fait que dans tel cas la scène fonctionne et dans tel autre pas ? C’est à la fois infini et passionnant : rechercher les déclencheurs.

Ce retour incessant à la base du métier nourrit forcément votre propre travail de comédien.
Il m’arrive fréquemment de repenser, en représentation, à ce que je travaille avec mes étudiants et à m’interroger sur mon propre travail… particulièrement lorsque je sais que certains d’entre eux sont dans la salle.  Un ressourcement permanent par le retour aux fondamentaux.

Vous êtes aussi auteur ?
J’adore.

Rarement seul.
C’est vrai. J’aime le travail en équipe. J’ai beaucoup co-écrit avec Marie-Paule mais, pour l’instant je m’attaque à l’écriture en solitaire, pour aller au bout de ce que j’ai envie de faire.

Qu’est-ce qui vous séduit dans l’écriture ?
Disons clairement que mon écriture est laborieuse !... C’est loin d’être un plaisir immédiat, mais je dispose d’une totale liberté. Raconter des histoires me passionne. L’écriture m’apprend aussi à lire différemment.
Le propre de l’écriture théâtrale est qu’elle ne reste pas solitaire : elle n’existe que parce qu’un metteur en scène et des interprètes lui donnent vie, parfois même à la surprise de l’auteur. Il m’est arrivé d’être mis en scène dans une de mes pièces ; face à certains choix de mise en scène, j’avais envie d’éclairer mon metteur en scène sur les propos de l’auteur ; ce à quoi il me répondait, à juste titre, que l’auteur n’avait qu’à être plus clair dans ses propos !... Cette démultiplication créatrice propre à toute œuvre théâtrale est vraiment passionnante et avoir connu et pratiqué les différents chaînons de la création est un atout indéniable à condition que chacun reste bien dans le rôle qui lui a été confié.
J’ai commencé par écrire des spectacles sur mesure pour des copains comédiens. Aujourd’hui j’ai envie d’écrire des pièces, sans destination précise et dont des équipes s’empareront un jour.
J’aime aussi le « chipotage », le travail sur la phrase : le choix des mots, le rythme de la phrase et, dans ce domaine, l’informatique est un outil précieux.

Revenons à votre actualité au Théâtre Le Public et à l’improvisation que vous pratiquez depuis longtemps.
Je n’étais pas à la fondation de la Ligue d’Impro mais je l’ai rejointe très vite et m’y suis éclaté. J’adore cette capacité de créer des histoires dans l’instant. C’est d’ailleurs l’improvisation qui m’a donné l’envie d’écrire.

Quel plaisir trouvez-vous dans l’impro ?
L’adrénaline.

C’est un exercice périlleux et sans filet.
Oui, mais si on l’aborde détendu, on trouve toujours quelque chose à dire. Comme dans l’écriture, c’est l’imaginaire qui vous met en route et vous conduit dans des contrées insoupçonnées. Quand on est vraiment dans une impro, on ne doit plus avoir d’idée ; on se laisse porter par l’écoute. C’est l’art de rêver en public.
Dans l’écriture, j’aime le moment où, devant la feuille blanche ou devant mon clavier, je rêve et je me raconte mon histoire. Puis vient le moment douloureux où la main ne va pas assez vite pour traduire ce que l’on rêve. En impro, cette douleur n’existe pas car le rêve se vit dans l’instant.

Quelles sont les qualités d’un bon improvisateur ?
La disponibilité, l’écoute.  C’est vrai aussi au théâtre. Je ne cesse de le répéter à mes étudiants : « Laisse-toi jouer par l’autre. Ne te demande pas ce que tu dois faire ; réagis à ce qu’il te propose. Et si tu ne sais plus quoi faire, agis sur l’autre ! ». Le théâtre ce n’est que ça : action-réaction. On peut, par la mise en scène, organiser la chaîne de réaction pour aller dans une direction précise, mais on reste dans l’action-réaction.
Ajoutez à cela un brin de fantaisie qui va créer le paradoxe, le rebondissement, l’imprévu.  

Dans Improspection (que vous avez présenté en cette fin de saison au Théâtre Le Public), vous choisissez chaque soir 3 sujets sociétaux ; le public vous fournit le contexte ou un angle d’attaque pour le sujet. Qu’est-ce qui se passe pendant les quelques instants où vous vous réunissez pour construire l’impro ?
On détermine le point de départ, on met en commun les associations d’idées, on crée le paradoxe, on distribue les rôles, ce qui est relativement facile puisqu’on n’est que trois.

Y-a-t-il un leader ?
Celui qui a une idée parle le premier. Si on dispose de plusieurs idées, on essaie de, très vite, se focaliser sur une seule d’entre elles.  

A force de travailler régulièrement ensemble, est-ce que, au sein du trio, on ne risque pas de s’enfermer dans des personnages récurrents ?
Chacun a ses énergies propres et prend sa place en fonction d’elles, mais je ne crois pas que l’on s’enferme dans des personnages récurrents.

Quand on se connaît comme vous vous connaissez, peut-on prévoir ce que l’autre va faire ?
Non. Mais on sent quand on fait au partenaire une proposition qui lui convient. On sait alors que l’on est « dans le juste ». Et dans ce cas-là, l’impro est délectable et peut durer.

Et quand on sent que la mayonnaise ne prend pas, que fait-on ?
On transpire !... et on fait appel à son savoir-faire pour chercher la sortie de secours et boucler le sujet élégamment.

Proposer de l’improvisation dans une programmation théâtrale, est-ce un réel défi ?
Pour nous, non. Pour le Théâtre Le Public, peut-être que oui, mais cela s’inscrit dans son objectif de « variété ». Globalement, on n’a pas eu de mauvaises réactions de la part des spectateurs. Plusieurs sont revenus et la fréquentation a été régulière. Si c’est un défi, il me semble réussi.

Nous vous retrouverons avec grand plaisir la saison prochaine dans une reprise de Constellations avec Marie-Paule. D’autres projets ?
Je serai également au Théâtre des Galeries dans Nos Femmes d’Eric Assous avec Alain Leempoel et Bernard Yerlès.

Quelques questions-éclairs pour terminer :

Si vous étiez un arbre ?
Un chêne. C’est un bel arbre !

Une fleur ?
Un tournesol.

Une chanson ?
Une chanson française, piano-voix ou guitare-voix. Une chanson qui raconte une histoire.

Une partie ou un élément du théâtre ?
Le plateau.

Un film ?
Un classique… une histoire.

Un animal ?
Longtemps j’ai dit un dauphin…Un chat !... Je suis allergique aux chats.

Un pays, une région ?
J’aime beaucoup l’Irlande, l’Ecosse, la Bretagne. Un mélange de landes et de rochers.

Un cours d’eau ou une pièce d’eau ?
L’eau pour moi, c’est la mer, l’espace… Une pièce d’eau, je m’emmerderais.

Un livre ?
« Le » bouquin d’Albert Cohen car j’ai l’impression qu’il a toujours écrit le même bouquin, avec beaucoup de génie d’ailleurs. Tout est dans le premier « Solal ».

Une couleur ?
Bleu.

Un plat préparé ?
Un plat unique ; tout dans la même casserole !... style hochepot.

Un peintre ?
Un Impressionniste.

Un héros de l’Histoire ?
Certainement pas un grand conquérant, parce que les grands conquérants sont de grands massacreurs.

Un dicton ou une phrase célèbre ?
A chaque jour suffit sa peine.

Votre mot préféré ?
Baluchon, pour la sonorité.

Votre mot détesté ?
Il n’y en a pas. Les mots en tant que tels ne sont pas détestables, c’est la façon dont on les agence, on les utilise qui les rend tels. Les mots, eux, n’y peuvent rien ! 

Propos recueillis par Roland Bekkers
Photo © Saskia Vanderstichele 


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