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Alexandre von Sivers

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AVRIL 2017

Alexandre von Sivers

Alexandre von Sivers, passionnément




A 74 ans, Alexandre von Sivers a enchaîné les succès sur toutes les scènes de la capitale, de La Samaritaine, au National, des Galeries au Parc, du Poème au Varia, du Poche au Public. Après l’avoir applaudi dans « La Famille du Collectionneur » en début de saison, nous le retrouvons dans ce petit bijou que constitue « Tu te souviendras de moi » de François Archambault dans une mise en scène délicate et ciselée de Patrice Mincke.

Alexandre von Sivers, c’est une voix, une bonne pointe d’humour et un souci permanent des autres, lui qui n’a pas cessé de mettre ses qualités de juriste au service de la défense des artistes.   


Von Sivers, ce n’est pas un nom de chez nous ?
Ma famille est d’origine estonienne. 

Qu’est-ce qui a amené votre famille en Belgique ?
Ma grand-mère était géorgienne. Elle a épousé un « baron balte » et ils se sont installés en Estonie. Lorsque les Russes ont occupé les pays baltes en 39, ma famille, qui était possédante, a dû quitter le pays avec la volonté de rejoindre une autre branche familiale en France. Mais elle a été bloquée en Allemagne. J’ai donc été conçu à Berlin sous les bombes alliées, et suis né en 1943 dans la campagne polonaise, ma mère ayant choisi d’accoucher dans des conditions plus paisibles. Nous avons quitté l’Allemagne à la fin de la guerre et mes plus anciennes photos ont été prises à Bruxelles. J’avais un an et demi environ. A la mort de ma mère, en 1981, j’ai retrouvé le journal de mon enfance berlinoise qu’elle avait tenu avec soin. Il paraît que je faisais très bien le salut hitlérien.

Qu’est-ce qui a déclenché votre passion pour le théâtre ?
Il faut se méfier des souvenirs, mais celui-ci me paraît objectif. J’étais élève à l’Institut Saint-Boniface. J’avais 12 ans et étais en 5ème latine (2ème secondaire actuellement). Je me revois devant l’entrée de la salle de spectacle de l’Institut observant des élèves qui préparaient un spectacle ; je me suis dit : « Pourquoi pas moi ? ». A 14 ans, j’ai déclaré officiellement à ma famille et mes professeurs mon envie de faire du théâtre. Une envie sans doute très narcissique car pourquoi fait-on du théâtre si ce n’est pour être vu, reconnu, aimé. Mais très vite j’ai découvert que le service des textes et des auteurs était une entreprise plus intéressante que le service de soi-même. Je me suis inscrit au cours de diction que donnait Robert Vasteels, professeur à l’Institut. En 1957, Pierre Laroche, ancien élève, montait « Le Misanthrope », avec lui-même dans le rôle d’Alceste  et son épouse Claudine dans celui de Célimène. C’était la première fois qu’une femme était autorisée à fouler les planches de la salle collégiale. Paul Dumont, père de Véronique, jouait Philinte et Robert Vasteels, Oronte. Plus tard, toujours à l’Institut, j’ai joué dans « Time Limit », une pièce dont je ne sais plus grand-chose, sauf qu’elle était mise en scène par Jules-Henri Marchant, qui était encore élève.

Pourtant vous n’avez pas pris le chemin direct ?
En 1960, j’étais en rhétorique. C’était l’époque où se fondait l’IAD (Institut des Arts de Diffusion) sous l’égide de l’épiscopat. Le chanoine Laloup, directeur de Saint-Boniface, participait activement à cette fondation. Robert Vasteels m’a proposé de m’y inscrire mais ma famille a marqué son désaccord ; il fallait faire des études sérieuses. J’ai donc opté pour le droit à Louvain… où j’ai rencontré Armand Delcampe avec qui j’ai renoué avec ma passion au sein du Théâtre Universitaire. Le détour ne fut pas inutile pourtant, mes études de droit me permettant ultérieurement de devenir un bon syndicaliste.

Vous entrez donc à l’IAD.
Non. Après mes études de droit – que j’ai prolongées de deux ans en doublant mes deux dernières années - je brossais les cours pour m’occuper du Théâtre Universitaire – j’ai fait mon service militaire. A l’issue de celui-ci, je suis allé voir Claude Etienne, directeur du Rideau de Bruxelles, qui m’a proposé d’entrer dans sa classe au Conservatoire et qui m’a offert mes premiers rôles professionnels.

Avez-vous des souvenirs marquants de cette époque ?
Georges Genicot me donnait cours de déclamation. Lors de mon premier passage, il m’a dit, de sa voix de stentor : « Alexandre, vous avez une très belle voix, mais vous chantez !... C’est pas du chant ici !... Essayez de parler, d’éprouver ce que vous dites !... » Il m’a donc formé à la simplicité et à la sincérité.

Et ensuite ? C’était l’époque où l’on était attaché à une « maison théâtrale » ?
Oui et non. Au Théâtre National, certains acteurs avaient des contrats à durée indéterminée. Ailleurs, les directeurs avaient leurs acteurs habituels qu’ils payaient au « cachet réparti », à savoir : pas de rétribution mensuelle mais une garantie de 150 cachets sur l’année. Un système hybride : une garantie d’emploi mais sans accès au chômage pendant les périodes d’inactivité. Et tous les contrats s’interrompaient pendant la période des vacances, empêchant ce qu’en droit on appelle les «  contrats successifs » et donc l’engagement à durée indéterminée.

Votre formation juridique vous a permis de défendre les artistes ?
Très vite, on m’a proposé de rejoindre le syndicat. La première assemblée générale à laquelle j’ai assisté - c’était au début des années 70 - était présidée par André Debaar. Elle se tenait dans une arrière-salle du café « Chez Simone » à la place Simonis. Je me trouvais assis à côté de Claude Volter, directeur de la Compagnie qui porte son nom et je trouvais ce « voisinage syndical » assez bizarre. On y discutait notamment d’une convention collective, qui n’a vu officiellement le jour - avec un texte fortement modifié - qu’en 2013. Entretemps, en 1978, nous avons réussi à signer des conventions d’entreprise avec les « Jeunes compagnies » de l’époque (Marc Liebens, Philippe Sireuil, Philippe van Kessel, Patrick Roegiers).

Parlez-nous du statut des artistes.
C’est une construction totalement hybride et absurde au point de vue juridique, car il faudrait commencer par savoir ce qu’on désigne sous le vocable « artiste ». Je ne parlerai que des artistes de spectacle. Jusqu’en 2002, nous étions obligatoirement des salariés : c’était une présomption irréfragable (*), comme disent les juristes. En 2002, cette « irréfragabilité » a disparu : nous avons donc cessé d’être des salariés obligatoires.  Cette situation a fortement précarisé notre statut.

Vous n’êtes pas que sur les scènes de théâtre ; on vous voit aussi au cinéma, à la télévision. Où est votre préférence ?
C’est difficile de combiner les deux. Quand on a le bonheur de beaucoup jouer le soir au théâtre, il n’est pas facile d’insérer en journée des tournages de cinéma dont les horaires sont particulièrement aléatoires.  Saturnin Fabre, quand il était en tournage, avait, dans sa mallette, un réveil qu’il faisait sonner tous les jours à 18h00, signalant ainsi son départ du plateau quel que soit l’état de la prise en cours. J’ai, par exemple, accepté de tourner dans une série avec des enfants parce que les contraintes horaires, quand il y a des enfants,  sont très strictes.

Vous avez une voix, mais aussi un physique.
Qui m’a beaucoup servi au début de ma carrière ; j’étais filiforme et j’avais un physique anguleux ; j’étais donc requis pour incarner des personnages sévères, autoritaires. Je commence une deuxième carrière : mon bedon et mon âge (74 ans) m’ouvrent d’autres portes ; la concurrence est moins forte et l’on a toujours besoin de grands-pères ou de vieux sages.  

Le piano qui trône dans votre salon laisse à croire que vous avez aussi d’autres talents ; musicaux par exemple ?
Oui. J’ai pu assurer de nombreux spectacles où je devais jouer au piano. Une des premières fois, je jouais le rôle de Beethoven dans la pièce de Peter Ustinov « La dixième de Beethoven ». Je devais accompagner Viviane Chantel. A la sortie, des spectateurs m’ont félicité pour la perfection du play-back. Depuis, je m’arrange toujours pour glisser une fausse note.

En 1976, vos obtenez l’Eve du Théâtre pour « Dialogue d’Exilés » et en 2000, vous partagez le Prix du Théâtre avec Guy Pion pour « Fin de Partie ». Est-ce important pour vous ?
En 1976, c’était très gênant que je sois récompensé et pas mon partenaire. Je me suis donc réjoui de pouvoir partager le prix avec Guy Pion en 2000. Cette reconnaissance est importante.

Quelle est, selon vous, la qualité première d’un bon comédien ?
Je n’en sais rien. Le comédien étant la synthèse de l‘être humain, il doit avoir toutes les qualités et tous les défauts possibles pour représenter l’humanité dans sa généralité. Tout être humain a des potentialités qui ne demandent qu’à être développées : chez un acteur, la mémoire par exemple. Pour le reste, du travail, de la régularité et beaucoup d’humour. Ne pas se prendre au sérieux ; on n’est rien ni personne.

Vous avez côtoyé de nombreux metteurs en scène. Quelle doit être leur qualité principale ?
Il doit avoir une vision, mais pas d’idée préconçue. La construction du personnage est un travail de collaboration entre le comédien et le metteur en scène. L’acteur est un être humain, pas une pâte à modeler ; il doit être mis en confiance. Le metteur en scène est responsable du sens mais il doit rester ouvert aux propositions de l’acteur.

Vous êtes amené à jouer de plus en plus avec de jeunes comédiens. Le métier a-t-il changé ?
Aujourd’hui, au Conservatoire, il me semble que la part des cours théoriques est trop importante par rapport à la pratique. Cela dit, je trouve plein de talent et d’enthousiasme chez les jeunes avec qui je travaille.

Nous nous étions déjà rencontrés en 1994 lors d’une interview. Vous jouiez, seul en scène, « L’Enseigneur » de Jean-Pierre Dopagne et vous m’aviez confié combien la solitude de la loge et de la scène vous était pénible. Vous confirmez avoir besoin de partenaires ?
Une fois qu’on est en scène, même si on y est seul, on est en contact avec le public. Mais la solitude de la loge est sinistre. A choisir, je préfère de loin travailler avec des partenaires.

Vous jouez actuellement dans « Tu te souviendras de moi », ce magnifique spectacle qui parle de la perte de mémoire. Cela vous inquiète-t-il ?
Non pas vraiment. Tout peut arriver bien sûr. En vieillissant, j’ai attrapé le toc de la vérification : il m’est arrivé de faire demi-tour pour vérifier si je n’avais pas oublié de fermer le gaz. J’ai donc établi, un rituel, une check-list avant de quitter mon domicile. Il se pourrait que je perde la mémoire ; ce serait catastrophique en tant que comédien. Mais inutile de s’inquiéter : les choses arrivent quand elles doivent arriver. J’ai connu dans ma vie des événements difficiles dont je pensais ne jamais me remettre. Et tout a toujours fini par se régler simplement.

Vous êtes accompagné sur scène par une formidable équipe de comédiens.
D’excellents comédiens et de beaux personnages qui ont de très belles trajectoires. Un casting de qualité est le premier acte artistique d’un bon metteur en scène.

Vous qui jouez partout, y a-t-il des théâtres où l’on sent mieux qu’ailleurs ?
A ma connaissance non. J’ai l’occasion de beaucoup jouer. Je vis le lieu et le moment présents et je ne fais pas de comparaison.

Tout en vivant pleinement le moment présent, vous reste-t-il des envies inassouvies ?
Je n’ai jamais eu aucun projet personnel ni de plan de carrière. J’ai eu le bonheur d’être demandé. Je suis toujours entré dans le projet de quelqu’un d’autre et je continue à demeurer ouvert à toutes les propositions.        

(*) irréfragable : qu’on ne peut récuser, contredire

Propos recueillis par Roland Bekkers

EN CE MOMENT 
Tu te souviendras de moi de François Archambault, jusqu'au 29 avril 2017

PARCOURS 
Alexandre vons Sivers a participé à 13 spectacles au Théâtre Le Public : 

1997 Le Limier
1998
Soirée Tchékhov
1998 Zoo Story
1999 
Fin de partie
1999
 
Toréadors
2001 La Cerisaie
2002 Le contrat
2004 Crooner
2006 Le Visiteur
2008 Le Mariage de Figaro
2011 Paix Nationale
2015 Il ne faut jurer de rien
2016 Le malade imaginaire

En 2004, il participe également à la création de Claude Gueux de Victor Hugo

 


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