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Damien Gillard

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DECEMBRE 2016

Damien Gillard

Damien Gillard, génial touche-à-tout



Damien Gillard, vous avez 44 ans, 2 enfants qui comptent dans votre vie et dont vous souhaitez vous occuper ; vous êtes comédien comme votre papa ; vous réalisez des capsules vidéo pour l’émission « 69 minutes sans chichis » et d’autres que vous postez sur internet ; vous êtes fan d’Alexandre Astier. Vous faites du doublage, du travail de voix, vous êtes surdoué, musicien, touche-à-tout. Avant de le détailler, ce portrait d’ensemble vous convient-il ?
Enlevez « surdoué ». Je suis plus touche-à-tout que surdoué. Je fais tout plus ou moins bien.

Qu’est-ce qui vous a donné l’envie de faire du théâtre ?
Tout jeune, je traînais dans les théâtres avec mon papa. Je fréquentais les coulisses, j’en respirais les odeurs. J’avais le souvenir de fêtes qui clôturaient les spectacles. J’ai donc eu envie tout naturellement d’embrasser cette profession. J’en connaissais aussi les angoisses : l’attente des contrats à une époque où de nombreux comédiens ne vivaient que du théâtre, ce qui est devenu très rare aujourd’hui. Jadis les séries de représentations duraient deux mois ; aujourd’hui, on répète un mois et demi pour jouer quinze jours. Impossible donc de survivre si on n’a pas quelque chose à côté : doublage, voix, prof en académie… A l’IAD (*), j’étais le rabat-joie ; j’avais une vue tellement objective et lucide sur l’avenir que je ne cessais de répéter à mes camarades : « Vous inquiétez pas, on ne travaillera pas ! ». J’étais l’oiseau de mauvais augure.

Vous avez choisi l’IAD plutôt que le Conservatoire.
J’aimais les profs qui y enseignaient.

Des souvenirs marquants de cette époque ?
L’école de théâtre, c’est surtout un bain : on rencontre des gens, on va beaucoup au théâtre, on lit beaucoup, mais apprendre à jouer la comédie c’est compliqué. Il faut donc que l’on croise des professeurs inspirants.

Qui par exemple ?
Jules-Henri Marchant. Il ne voulait pas entendre parler de psychologie des personnages, mais de strates : un personnage n’est pas un tout, mais une accumulation de couches. Il faut donc jouer sur les pulsions. Sa pédagogie était également basée sur le sens de la rupture : même si l’on croit que le personnage est foncièrement mauvais, il faut chercher en lui ce qu’il peut avoir de bon.

De 1994 à 2007, vous jouez beaucoup et un peu partout : Parc, Rideau, Volter, La Valette, Jean Vilar, Toison d’Or, … avec une sympathie marquée pour le Théâtre des Galeries.
Les Galeries, comme le Théâtre Le Public d’ailleurs, pratiquent le théâtre que j’apprécie : un théâtre de divertissement intelligent. J’aime l’humour qui repose sur un fond, ce qui paraît comique et anodin mais qui ne l’est pas vraiment.

De 2008 à 2011, vous vous attachez au Théâtre Le Public et vous participez à la réalisation et à la tournée de « Rain man » et de « Le Dieu du Carnage ». Qu’est-ce qui justifie ce changement de cap, cette nouvelle fidélité ?
La rencontre avec Michel Kacenelenbogen a été pour moi une renaissance. J’en avais marre des metteurs en scène qui ne savaient pas ce qu’ils voulaient ou qui étaient complètement largués et laissaient tout le boulot aux comédiens ; des metteurs en scène jaloux, tyranniques ; des relations conflictuelles permanentes… Michel (Kacenelenbogen) fait confiance à l’acteur : il l’aime et le met en avant. Il prend ce que chacun amène, compose avec cette créativité, l’assaisonne à sa mode, comme un chef d’orchestre. Pour tout ce qui est théâtre anglo-saxon, il est « éclairant », avec une vue globale du sujet : il sait où il veut arriver et comment y parvenir.

Pourtant, depuis 2011, on ne vous a plus vu sur les scènes.
J’ai eu la chance de faire pas mal de voix… et j’avais perdu la flamme du théâtre. L’essence même du théâtre, à savoir répéter chaque jour la même chose, m’avait complètement quitté. Je ne m’amusais vraiment qu’aux premières représentations.

Qu’est-ce qui vous a fait changer d’avis ?
Des rencontres : Michel, la seule personne avec laquelle j’ai actuellement envie de travailler. La scène ne me manque pas du tout. J’ai d’autres lieux où je peux faire éclater ma créativité : les capsules vidéo par exemple où je suis passionné par la création, l’écriture, le montage, la prise de vue. Je peux passer des heures chez Media Markt à comparer des objectifs.

Vous dites de vous-même que vous êtes un interventionniste sur un plateau de théâtre. Comment se fait-il que vous n’ayez jamais été tenté par la mise en scène ?
Je manque de patience. J’aime que tout aille vite. Je ne supporte pas de passer deux heures sur l’interprétation d’une phrase.

Vous avez fait du doublage ; vous faites pas mal de publicité radio. Y-a-t-il dans votre voix quelque chose qui justifie son succès ?
J’ai une voix « produit blanc », caméléon. Je peux varier. Je n’ai pas une empreinte vocale énorme, mais je suis très créatif quand je suis en studio, quand je crée le produit avec le client.

Vous avez été la voix de « Médius » et d’« Un Romain » dans le film d’animation d’Alexandre Astier « Astérix : Le Domaine des Dieux ». Comment se fait-il qu’on vous ait choisi ?     
C’est la magie d’Internet, de Twitter. J’avais posté des séquences intitulées « Me and my doubles ». Je les ai envoyées à Alexandre Astier ; il les a aimées. C’est comme ça que je me suis retrouvé en studio, à Paris, avec Florence Foresti, Elie Semoun, Alain Chabat, Géraldine Nakache.

Qu’est-ce que vous appréciez chez Alexandre Astier ?
Sa carte de visite : il est acteur, compositeur, réalisateur, monteur, scénariste, musicien, humoriste et écrivain. Un génie !... Il sait tout faire !... Quand je suis à ses côtés, j’ai l’impression d’être aux côtés de Tom Cruise.

Qu’est-ce qui vous plait dans les capsules vidéo : Les formes courtes ? Le rythme ? Le vite fait bien fait ?
« Vite fait », ce n’est pas vraiment le cas, car cela prend beaucoup de temps au niveau de l’écriture si l’on veut éviter le déjà vu. Ce qui m’intéresse, c’est le rythme. Louis de Funès, ce n’était que du rythme !... Anthony Hopkins disait : « Un bon metteur en scène c’est celui qui me dit : plus vite, moins vite, plus fort, moins fort ». Bien sûr, cela suppose un travail de construction du personnage en amont. Mais, une fois le personnage construit, tout n’est plus qu’une question de rythme : plus fort, moins fort, plus vite, moins vite. Comme je réalise moi-même les prises de vues et le montage, je suis seul maître absolu de ma création. Quand on joue au cinéma, on n’a aucun contrôle : on ne sait pas ce qui va être retenu, coupé, ni comment la séquence sera montée, rythmée. Quand je monte, je deviens vraiment chronophage.

Qu’est-ce qui vous plait dans vos interventions à l’émission « 69 minutes sans chichis » ?
L’équipe. Ce sont vraiment des gens que j’aime beaucoup, bourrés de talents. Une ambiance familiale.

Vous qui maniez tant la caméra, et aimez être devant la caméra… Pas de carrière cinématographique ?
Ce n’est pas l’envie qui manque, mais je ne réussis pas les castings et je n’ai pas un physique très marquant. On cherche des « gueules », ce n’est pas mon cas. Ceci dit, ce qu’on propose aux acteurs belges, ce sont souvent de petites journées de tournage sans contact réel avec le reste de la production. Ça ne me manque donc pas vraiment.

De retour sur scène dans « Maris et Femmes ». Qu’est-ce qui vous a séduit dans le projet ?
En dehors de ce que je vous ai déjà dit à propos de Michel et de l’équipe, j’aime ce théâtre où tout le monde se retrouve. C’est une comédie grinçante, noire. J’adore Woody Allen, comme Molière : prendre les petits travers des gens pour les tourner en dérision, en pièces à rire.

Si vous n’étiez pas comédien, qu’aimeriez-vous faire ?
Beaucoup de choses m’intéressent. J’aurais aimé être monteur, réalisateur, photographe…

Cela reste dans le domaine artistique ?
Oui. Mais j’aime aussi m’intéresser au fonctionnement d’une société.

Parmi les nombreuses qualités qui sont les vôtres, quelle est celle dont vous êtes le plus fier ?
Dire de moi que je suis un bon camarade de jeu, un partenaire à l’écoute et ouvert, c’est un chouette compliment.

Quelle est la qualité qui vous manque ?
La patience. Tout doit être juste très vite sans quoi cela m’énerve. Et, comme tout se tient, je peux manquer aussi de recherche en profondeur, de remise en question.

Des projets, des envies ?
Je suis en train d’écrire un film avec Olivier Massart, un acteur que j’admire et un vrai ami. Le projet avance bien ; on va commencer à dialoguer… et on est, nous-mêmes, surpris du résultat. Quand tout sera terminé, on le proposera à différents producteurs… mais nous sommes prêts à le produire nous-mêmes au cas où. Avec les moyens techniques dont on dispose aujourd’hui, on peut réaliser un film avec une scripte, un preneur de son et quelqu’un derrière la caméra.

Propos recueillis par Roland Bekkers

(*) Institut des Arts de Diffusion

EN CE MOMENT
Maris et femmes de Woody Allen, jusqu'au 31 décembre 2016

PARCOURS 
Damien Gillard a participé à 2 spectacles au Théâtre Le Public :
2009 Le Dieu du carnage

2009
Rain Man


EN SAVOIR +
Damien Gillard sur YouTube : https://www.youtube.com/user/damiengillard


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