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Cécile Van Snick, Artiste du mois

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SEPTEMBRE 2016

Cécile Van Snick

Cécile Van Snick, de part et d’autre du plateau




Dans une interview au Soir en 2007, Cécile Van Snick affirmait : « Ma devise dans la vie, c’est de ne pas m’emmerder ! ». Objectif réussi puisque cette bosseuse acharnée cumule les fonctions de directrice de l’Atelier Théâtre Jean Vilar, co-directrice du Festival de Spa, metteure en scène et, actuellement, comédienne dans « La Famille du Collectionneur » sur la scène du Théâtre Le Public. Un parcours théâtral qui ne fut toutefois pas un long fleuve tranquille.


Qu’est-ce qui vous a amenée à faire du théâtre ?
Je crois que j’ai toujours rêvé de faire du théâtre. L’élément déclencheur c’est un défaut de prononciation. Donc logopédie, donc cours de déclamation à l’académie de Woluwé Saint-Pierre, donc découverte de l’art dramatique au sein de cette même académie dans la classe d’André Debaar !

Et déjà le théâtre d’amateurs vous mène à Spa ?
En 1974, je joue « L’Assemblée des Femmes » chez les Trouvères dans une mise en scène d’André Debaar. J’y côtoie notamment Christian Labeau, Didier Caffonette… et le spectacle est un succès. A l’époque, le Théâtre National que connaissait bien André Debaar, prenait ses quartiers d’été au Festival de Spa. Parmi les nombreuses activités, le National proposait un focus sur le théâtre d’amateurs. Notre pièce y est retenue. Nous logions dans la Caserne et étions chargés, en plus de nos représentations, d’animer la ville pendant tout le Festival.

Vous voulez faire du théâtre, mais vos parents vous recommandent un passage par l’Université pour y faire des études sérieuses.
Absolument. Et il ne me viendrait pas à l’idée de les contredire. Je n’avais pas le profil d’une jeune première. J’étais plutôt soubrette. Perdre donc quelques années ne devait pas handicaper ma carrière de comédienne. Je fais donc deux candidatures en droit avant de bifurquer vers  la communication et le journalisme.

Votre diplôme en main, vous entrez au Conservatoire où vous retrouvez… André Debaar.
J’y retrouve aussi mes camarades de classe, Michel Kacenelenbogen, Serge Rangoni, Florence Crick et Sylvie Rigaux qui deviendra speakerine à la RTBF.  

Tous les anciens d’André Debaar font état de ses qualités pédagogiques et parlent de lui comme d’un professeur hors pair.
Il nous a donné les bases techniques : l’articulation, l’énergie jusque dans le jarret, la pensée poussée  jusqu’au bout, les finales en l’air… un enseignement classique mais, quand on possède les bases, tout devient possible et accessible. Il avait le sens du concret : acter plutôt que rêver.

Autres rencontres marquantes, celles de Thierry Salmon et Bernard De Coster.
Deux hommes hors du commun, deux metteurs en scène dotés d’une esthétique et d’une sensibilité extraordinaires. Tout jeune, Bernard De Coster était plutôt génial dans ses conceptions de décors, ses maquillages, les aspects visuels du spectacle. Avec le temps, sa direction d’acteurs s’est affirmée. Un homme très exigeant qui faisait des merveilles avec des acteurs de métier.

Après 8 ans de bonheur, une rupture totale avec le théâtre.
Les raisons sont diverses. Concrète d’abord : j’ai un enfant et je dois l’élever. Même si j’ai jusque-là travaillé sans relâche, je m’inquiète des perspectives d’avenir et l’idée de vivre à côté de mon téléphone dans l’attente d’un contrat m’insupporte. Sans doute aussi n’étais-je pas assez solide ? Il est très difficile, dans ce métier, de savoir si l’on est vraiment bon !... Je décide donc de stopper net et de me servir de mon diplôme. Je bascule dans le privé comme attachée de presse, relation publique pour les parfums Christian Dior et Christian Lacroix et tout devient concret : tout ce que j’obtiens en rédactionnel est mesuré, centimètre par centimètre et la valeur en est déterminée automatiquement. Mon travail devient donc objectivable… et cela me rassure. J’apprends à gérer des budgets, à gérer des équipes dans une grande maison au profil international.

Le théâtre vous rattrape en 1992 et vous rejoignez la SACD (Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques).
Serge Young vient de quitter la SACD. Son fils Frédéric reprend toute la partie audiovisuelle. On cherche quelqu’un pour s’occuper des spectacles vivants. En trois ans, j’ai fait le tour du privé et intellectuellement parlant, j’ai besoin de plus ; je peux donc passer à autre chose. J’accepte le poste et je me retrouve dans un travail de gestion très administratif. J’y reste cinq ans. Relais entre les auteurs et les directeurs de théâtre, je finis par être « débauchée » par Armand Delcampe qui m’engage à l’Atelier Théâtre Jean Vilar comme secrétaire générale. Six mois plus tard, je suis nommée directrice-adjointe.

L’aventure ne s’arrête pas là. En 1999, vous devenez directrice adjointe du Festival de Spa.
Lorsqu’ André Debaar et Billy Fasbender quittent la direction du Festival de Spa, Jacques Huisman va chercher Armand Delcampe… et me voilà de facto embarquée dans l’affaire.

Pour les lecteurs qui ne connaissent pas, pouvez-vous expliquer ce qu’est le Festival de Spa ?
En 2016 : 10 jours. 55 représentations. 6 lieux de théâtre, 80 activités (rencontres, théâtre de rue (lectures…), 10.000 places. Avec une priorité aux auteurs belges et une aide aux jeunes compagnies. Ce sont 10 jours intensifs qui nécessitent un long travail de préparation pendant l’année.

En 2004, vous remontez sur scène grâce à Michel Kacenelenbogen, pour jouer au Théâtre Le Public dans Le Libertinaux côtés d’Alain Leempoel.
Oui, c’est une co-production avec L’Atelier Théâtral Jean Vilar et Michel qui en est le metteur en scène me convainc – je l’en remercie – de remonter sur les planches… « C’est juste une scène » me dit-il. Comment refuser à ses amis d’enfance ? Et je retrouve le plaisir d’avant.

Quand on replonge, difficile de s’en passer ?
Impossible. Armand Delcampe, qui découvre subitement que je suis comédienne, va, lui aussi, me mettre en scène à plusieurs reprises.

Vous découvrez ensuite la mise en scène.
Une très jolie pièce d’un auteur belge, décédé depuis, que j’avais mise en lecture à Spa et que le public avait adorée : « Amour, amour » de Jacques Henrard, une œuvre très touchante, un « jeu d’enfants autorisé aux adultes », menée par une chouette équipe de jeunes comédiens : Catherine Decrolier, Hervé Guerrisi, Cachou Kirsch et Pierre Poucet. Sur les conseils d’Armand Delcampe, je me jette à l’eau et me décide à la monter. Un succès qui me poussera à poursuivre l’aventure, notamment en m’attaquant l’an dernier au « Voyage de Monsieur Perrichon » d’Eugène Labiche que nous avons rejoué cet été au Festival de Sarlat.

Vous êtes partout…
Peut-être, mais cela me correspond. C’est, sans doute, une question de génération, mais il me semble logique d’être de part et d’autre du plateau, d’être à la fois dans la communication, la recherche du public, et d’être au côté des équipes artistiques. Il faut une bonne santé et j’en ai une. Peut-être suis-je trop sur le terrain ? C’est pour cette raison que j’ai décidé de passer la main à la direction du Festival de Spa.

J’avais cru comprendre que vous étiez refroidie par les diminutions de subventions.
Le rapport du CAD (Conseil de l’Art Dramatique) de la Fédération Wallonie-Bruxelles a été blessant, injuste et faux… mais on passe au-dessus de cela. Il faut laisser la place à d’autres. Mon travail à la direction de l’Atelier Théâtre Jean Vilar demande de plus en plus de temps et d’énergie avec de moins en moins de moyens. Je souhaite poursuivre dans l’artistique, en tant que comédienne et metteure en scène. Soyons conscients de nos limites et offrons à d’autres la possibilité de réaliser des rêves.

Quel est le secret de votre vitalité ? Vous avez parlé d’une bonne santé mais cela ne suffit pas.
C’est sans doute dans mes gênes, dans mon rapport au travail. Comme mon frère et ma sœur, je suis une bosseuse. Nous avons été élevés comme ça. Quand on s’engage, on s’engage. Quand on fait, on fait bien. Mais, comme un jongleur, je peux faire tourner plusieurs assiettes en même temps.

De par son implantation, chaque théâtre a sa spécificité. Quelle est celle de l’Atelier Théâtre Jean Vilar ?
Il est Centre dramatique en Province du Brabant wallon. Fondé en 1968 à Leuven, par Armand Delcampe qui avait travaillé avec Jean Vilar, établi à Louvain-la-Neuve depuis 1975, il a accueilli les plus grands : Peter Brook, Ariane Mnouchkine. Sous la houlette d’Armand, j’ai été éduquée au plus grand respect du public et des artistes. La spécificité est donc de proposer des spectacles de qualité au plus grand nombre. En tant que Centre dramatique, nous avons pour mission de travailler avec les écoles, de soutenir les jeunes compagnies de la région. Nous sommes le pôle de création en Brabant wallon.

Vous êtes ici au Théâtre Le Public en tant que comédienne, mais la directrice de théâtre ne peut s’empêcher d’observer le lieu. Qu’est-ce qui vous séduit au Théâtre Le Public ?
La force des maisons de théâtre réside dans les petites équipes où les infos circulent vite et sans intermédiaire, ici comme au Vilar. La disposition des lieux impose à l’artiste de passer par le bar et le foyer à sa sortie de scène : cela favorise le contact avec le public, une excellente chose. Et puis Le Théâtre Le Public est quasi le seul à présenter de longues séries de représentations. Pour les comédiens, c’est exceptionnel de pouvoir jouer 6 semaines.

Réenfilons toutes vos casquettes. Quelle est la qualité principale d’une bonne directrice de théâtre ?
Une organisation d’enfer, un instinct très sûr, un réseau relationnel important, un sens du risque sur certains répertoires. Travailler en collaboration avec toute son équipe. Demeurer à l’écoute malgré le  nombre de dossiers à gérer ; il faut avoir un cerveau à facettes qui permet de passer rapidement d’un secteur à l’autre tout en étant pleinement concentré sur ce qu’on fait.

Quelle est la qualité principale d’une bonne comédienne ?
L’intelligence d’abord. Pour comprendre l’œuvre, saisir les vues du metteur en scène. Mais ne pas tout attendre : avoir sa propre vision et être en ouverture avec ses partenaires. Et surtout être une bosseuse : ne jamais croire qu’on est arrivé.

D’une bonne metteure en scène ?
Bien travailler en amont. Savoir ce qu’on veut sortir de la pièce, et pour cela la lire et la relire à l’infini. Trouver les clefs qui permettront au public de saisir tout le propos de l’œuvre. S’entourer de bons collaborateurs (scénographie, éclairage) et prendre le temps de travailler en bonne concertation.

D’un bon professeur de théâtre, puisque vous l’avez été aussi ?
Transmettre le plaisir de jouer. Mener de front un travail intellectuel sur le sens et un travail physique sur l’énergie indispensable au plateau.

En quoi toutes ces casquettes se nourrissent-elles l’une l’autre ?
Ce sont toutes des facettes d’un même métier. J’ai l’impression que je suis toujours la même mais j’active des objectifs, des critères de réflexion différents.  

Dans vos réponses, vous ne parlez jamais de succès.
Le succès fait du bien, évidemment, et on s’en réjouit. Mais je pense d’abord à me mettre au service de l’œuvre, de l’institution, du metteur en scène. Le travail avant tout.

Votre prochain défi ?
Réussir la saison de l’Atelier Théâtre Jean Vilar comme l’an dernier : atteindre les objectifs financiers et de fréquentation du public. C’est ma responsabilité première.  

Propos recueillis par Roland Bekkers

A VOIR EN CE MOMENT
La Famille du Collectionneur de Carlo Goldini, jusqu'au 8 octobre 2016


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